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Médico-social numérique
Prendre le virage

19/04/2017

Alors que le numérique gagne toute la société, le champ médico-social est à la traîne. Les réformes structurelles du secteur nécessitent pourtant de déployer des systèmes d’information performants. Ce qui ne se fera pas sans moyens supplémentaires, alertent les fédérations de gestionnaires, notamment l’Uniopss, qui réclament un plan ad hoc.

Ehpad de Secondigny (Deux-Sèvres) © Christophe Boulze

« Le secteur médico-social ne voit pas venir la vague du numérique », avertit Christophe Douesneau, directeur du développement et de l'offre de service de l’Association de paralysés de France (APF). Alors que la révolution digitale se diffuse dans tous les domaines d’activité, le médico-social accuse un retard, en particulier au regard du secteur sanitaire. Or, les nouveaux usages, les réformes en matière de tarification et la mise en œuvre de parcours des personnes suivies, rendent urgent le déploiement de systèmes d’information (SI) interopérables. Constatant l’absence d’accompagnement en la matière, l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss) a écrit à la ministre Marisol Touraine en janvier dernier pour réclamer un plan Médico-social numérique sur le modèle de celui de l'hôpital depuis 2012. Une demande transmise à la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS)… sans réponse. Pourtant, déjà en février 2016, avec une trentaine de gestionnaires, Thierry Dimbour, directeur du centre régional d’études, d’actions et d’information (Creai) Aquitaine avait lancé une pétition en faveur d'une révolution numérique dans le secteur [1].

Des acteurs démunis

Au plan national, la priorité de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), est « moins directement les systèmes d’information des établissements et services médico-sociaux (ESMS) que ceux utilisés par les agences régionales de santé (ARS) dans un objectif de pilotage, en particulier ceux consacrés au suivi des orientations dans les régions », admet Geneviève Gueydan, sa directrice. Sur le terrain, la situation est contrastée. « Les plus grosses organisations – une minorité – ont entrepris la démarche depuis dix ans. La majorité des établissements de petite taille n’ont presque rien fait », explique Christian Viallon, directeur opérationnel du groupement social de moyens Ressourcial. Pour ceux-là, le parc informatique est vieillissant, les connexions Internet aléatoires et l’équipe ne compte pas de responsable informatique. Le sujet relève alors du directeur général qui se fait accompagner par une société extérieure. « Souvent les acteurs sont démunis, ils sont pieds et poings liés à des prestataires qui ne connaissent pas bien le secteur », poursuit Christian Viallon. Les éditeurs de logiciels ne sont d'ailleurs pas prêts : « Il en existe une myriade avec des solutions très hétérogènes », pointe Christophe Douesneau. Et « certains proposent encore des outils qui ne sont pas compatibles avec les systèmes utilisés au niveau national », renchérit Caroline Selva, conseillère technique Autonomie et citoyenneté à l’Uniopss.

Autre lacune : l’absence d’interopérabilité au sein des organisations et avec l’administration. Les logiciels pour réaliser les tableaux de bord ou ceux de gestion des ressources humaines ne sont pas reliés entre eux, ce qui conduit les gestionnaires à effectuer des tâches en silo sans possibilité de croiser les informations. Ce, alors que dans un souci de performance, les autorités réclament de plus en plus de données. « Il y a un alourdissement des informations demandées. Les ARS, maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), administrations, se sont dotées de leur propre SI. Chacune est demandeuse d’éléments en provenance des ESMS et dans des délais de plus en plus brefs », relève Christian Viallon.

Urbanisation des SI

Une accélération qui va se poursuivre avec les récentes réformes en cours (tarification, EPRD) et à venir (nomenclatures Sérafin-PH…). Et qui rend crucial le développement d’une stratégie afin d’organiser les différents composants d’un SI prenant en compte les besoins et indicateurs internes (direction générale, direction métiers, directions supports…) ou externes (partenaires, fournisseurs, financeurs…). C’est ce qu’on appelle l’urbanisation des systèmes d’information. « Nous avons besoin d’outils qui permettent en quelques clics de sortir le profil des personnes accompagnées, la pyramide des âges des professionnels ou la capacité d’autofinancement des établissements d’un gestionnaire sur une région », indique Christophe Douesneau. Ces solutions intégrées sont d’autant plus indispensables qu’elles vont faciliter le parcours de la personne. « Aujourd’hui, l’évolution des politiques publiques va vers le décloisonnement et le partenariat avec les institutions. Or, nous n’avons pas les éléments numériques pour assurer cette coordination. Si on veut qu’une personne handicapée travaille une demi-journée par semaine dans un établissement et service d’aide par le travail (Esat) et soit accompagnée dans un foyer tout en étant suivie dans le sanitaire, il faut inventer des outils permettant de partager les informations et de rendre traçable ce parcours pour son évaluation et son financement », détaille Thierry Dimbour.

D’autant que les usagers eux-mêmes sont en demande. « De la même façon qu'ils consultent leurs comptes bancaires, les familles veulent suivre en temps réel la situation de leur enfant accueilli dans une structure », ajoute Christian Viallon. Sans oublier les nouvelles technologies à mettre à disposition des usagers (tablettes pour les jeunes autistes par exemple). Autant d'éléments qui montrent que le numérique est un levier pour rendre l'offre plus souple et plus adaptée aux besoins et une condition de réussite pour le secteur.

Quid du financement ?

Tout l’enjeu est donc de construire des systèmes qui permettent de partager des informations en toute sécurité et de rendre des comptes aux autorités. Pour André Ducournau, vice-président du Groupement national des directeurs généraux d'associations (GNDA), « le SI est aujourd’hui un élément déterminant de la stratégie des organisations. Pour le déployer, elles doivent se doter de professionnels des SI intégrés aux instances décisionnelles ». Des investissements humains autant que matériels sont donc indispensables. L’achat des logiciels, leur développement et la mise en place de leur interopérabilité sont des chantiers lourds, qui se heurtent à l’absence de financement dédié. « Aujourd’hui, le soutien à la filière numérique passe par le crédit d’impôt et est donc ajusté au secteur commercial. Les moyens ne sont pas fléchés vers le non-lucratif », déplore Thierry Dimbour. « Il faudrait qu'un établissement y consacre 2 % de son budget contre 0,8 % aujourd’hui », souligne Jean-François Goglin, conseiller national SI Santé à la fédération d'employeurs Fehap, qui plaide pour que l’État vienne « amorcer la pompe ».

Parmi les axes du programme réclamé par l'Uniopss, l'allocation d'un plan de financement comprenant des aides à l'investissement et au déploiement des SI interopérables. Ces crédits seraient attribués aux structures qui pourraient répondre à un certain nombre de prérequis définis au niveau national. « L’enjeu sera aussi d’accompagner les directeurs et les équipes à s’approprier de nouveaux outils. Car beaucoup de structures, tels que les services d’aide et d’accompagnement à domicile (Saad), ne disposent pas ou peu de temps administratif. Les professionnels sont peu formés à l’utilisation du numérique et ne matérialisent pas forcément leurs échanges », explique Caroline Selva. De quoi permettre au médico-social de rattraper son retard « en tirant les enseignements de l’expérience du secteur sanitaire », précise Hubert Peurichard, conseiller SI à l’Uriopss Ile-de-France.

 

[1] Lire Direction[s] n° 139, p. 40

Noémie Colomb

« Le même type de soutien que l'hôpital »

David Gruson, directeur général de la Fédération hospitalière de France (FHF)

« Lancé en 2011, le plan Hôpital numérique a fait la démonstration de son efficacité. Il a permis d’investir dans les systèmes d’information (SI), dans le déploiement d’outils performants et d’infrastructures comme la télémédecine. Nous avons accueilli favorablement l’annonce de crédits supplémentaires mais avec des doutes sur les modalités de son financement [1]. En outre, ce bilan positif est en partie lié à la méthode participative déployée. Les établissements devaient remplir un certain nombre de prérequis (déterminés avec le terrain) pour pouvoir solliciter les crédits nationaux. L’autonomie était laissée aux acteurs pour dépenser ces fonds. Cette logique a permis d’éviter d’administrer depuis Paris des solutions uniformes sur le territoire. Et d’impliquer les professionnels dans leur utilisation. Le secteur médico-social doit bénéficier du même type de soutien. »

[1] Le 15 mars, la ministre Marisol Touraine a promis une nouvelle enveloppe de 550 millions d’euros sur cinq ans.

 

Repères

  • L’Association nationale des Creai est chargée d'une mission sur le dossier de l'usager. Elle doit fixer une liste d’informations que les structures « handicap » intégreront à leur SI.
  • 400 millions d'euros, c'est le montant alloué à Hôpital numérique pour la période 2013-2017.
  • SI SIAO 115, c’est l’application pour les gestionnaires services intégrés de l’accueil et de l’orientation (SIAO) lancée début avril pour mieux orienter les personnes sans domicile.

Publié dans le magazine Direction[s] N° 153 - mai 2017






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