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Trophée Direction(s) 2010
Un foyer occupationnel réanime une commune

02/12/2010

Abzac (Charente). La Maison des 1001 couleurs est résolument ouverte sur son environnement. Elle propose des activités qui répondent à la fois aux besoins des 40 personnes handicapées vieillissantes accueillies et aux habitants de ce territoire rural.


Vidéo-reportage : La Maison des 1001 couleurs, Abzac, (Charente), lauréat du Trophée Direction[s] 2010.

Charmant bourg charentais de 524 âmes, Abzac est situé en plein cœur d'une zone rurale en voie de… désertification. Cette localisation – à une soixantaine de kilomètres des trois principales villes : Angoulême, Poitiers et Limoges – aurait pu être un handicap pour la Maison des 1001 couleurs qui y a ouvert ses portes en septembre 2008. Mais l'association gestionnaire (Association départementale des parents et amis de personnes handicapées mentales de Charente – Adapei 16), la direction de l'établissement et les équipes de ce foyer occupationnel ont transformé ce qui semblait un inconvénient, en opportunité. Et en ont fait un moteur d'action au service des 40 personnes handicapées mentales vieillissantes accueillies, mais aussi des Abzacois. Comment ? En positionnant les usagers comme personnes aidantes et actrices de la vie locale.

Un projet ambitieux

Dépôt de pain, restaurant d'application, covoiturage… La Maison des 1001 couleurs propose une série de prestations à la population, dans la perspective, aussi, de changer le regard porté sur le handicap mental. Les personnes accueillies sont très impliquées dans la vie associative et dans l'animation locale, via l'organisation ou la participation à des événements. Un ensemble d'activités qui sont loin d'être de simples « occupations » pour les résidants. Ce foyer a un projet ambitieux : l'épanouissement et l'implication des personnes accueillies dans la vie de l'établissement et de la commune. « Il s'agit, à travers ces services aux Abzacois, de travailler sur la gestuelle, la mémoire et le maintien du lien social. Et ainsi de ralentir les effets de la perte d'autonomie », explique Dominique Sacriste, directeur du pôle hébergement de l'Adapei 16 et premier directeur du foyer.

Démarche multipartenariale

La Maison des 1001 couleurs est ainsi le fruit de la réunion des besoins - puis des forces- des acteurs du territoire : usagers de l'Adapei et du département, commune, communauté de communes et conseil général. Dès 2001, les besoins non satisfaits en matière d'accueil des personnes handicapées mentales vieillissantes étaient identifiés, puis repris dans le schéma départemental charentais 2006-2010. La commande publique rejoignait les préoccupations de l'association qui devait faire face à l'évolution des besoins de la population accueillie.

Le choix de l'implantation s'est fait dans la même veine. « Le maire de l'époque espérait ardemment qu'un tel établissement voit le jour dans sa commune afin d'y impulser un second souffle », raconte François Weller, son successeur. Le village était en perte de vitesse : outre la problématique de l'emploi, la commune risquait de voir sa cantine scolaire fermer faute de mise aux normes, et elle n'avait ni salle des fêtes ni locaux pour les associations. « Vu l'ampleur du projet (construction pour un montant de 6,5 millions d'euros), la municipalité ne pouvait pas le porter seule. »« Et, seule, l'Adapei n'aurait pu faire construire ces locaux », complète Dominique Sacriste.

Un foyer écolo

Ainsi, la communauté de communes du Confolentais a investi dans le bâti. Ce qui a permis aux partenaires de s'adjoindre les compétences d'un programmiste, avant de faire appel à l'architecte qui a conçu un bâtiment « durable » : chaudière à bois, puits canadien pour la régulation thermique, panneaux solaires, plate-forme de compostage… Le terrain (3 500 m2) a été mis à profit pour créer un espace de compostage, un jardin et une ferme éducative.

Propriétaire, la communauté de communes loue à l'Adapei. Mais aussi à la mairie. Car certains locaux (et donc une partie du loyer) sont partagés. La mairie bénéficie ainsi d'une cantine scolaire aux normes pour 50 élèves. Ainsi que d'une salle polyvalente et de bureaux pour les associations sportives et culturelles. Le site accueille également une médiathèque et un salon de coiffure. La Maison des 1001 couleurs, implantée au cœur du village, a ainsi vocation à en constituer également le centre de gravité.

Un fort ancrage territorial

« Dès la conception, nous avons décidé que l'établissement serait un élément de dynamisme local », détaille Joël Germain, directeur général de l'Adapei 16. C'est à partir de cette feuille de route que les équipes ont pris possession du foyer à l'été 2008. Avec un défi : ne pas générer une structure « mouroir », repliée sur elle-même. « Accueillir des personnes en perte d'autonomie en milieu rural, loin des grandes villes, parfois des familles et des partenaires paramédicaux était audacieux », reconnaît Céline Lasserre, la directrice-adjointe. « Nous ne voulons pas fonctionner comme un foyer occupationnel traditionnel, avec ce que ce terme peut avoir de péjoratif. Nous voulons être un établissement ouvert sur le territoire. Depuis notre implantation et le partage de locaux avec la mairie, nous avons voulu aller plus loin encore », poursuit-elle. L'équipe de direction s'est appuyée sur un diagnostic territorial : absence de commerce de proximité, de lieu de restauration, population vieillissante rencontrant des problèmes de transport… « Nous voulions nous intégrer en étant utiles, d'autant que des habitants pouvaient avoir quelques appréhensions à notre installation », se souvient Catherine Larnaude, chef de service.

Des services à la population

Première concrétisation : le restaurant d'application, ouvert tous les vendredis, et dont les 12 couverts sont réservés presque chaque semaine. « Cela permet de faire venir les habitants dans l'établissement, de créer du lien et de dépasser les idées reçues autour du handicap », explique-t-elle. De même que le dépôt de pain, sacré dépannage depuis que l'épicerie a fermé ses portes en 2009. L'établissement organise aussi du covoiturage : il fait profiter de ses déplacements en ville (visites médicales, activités, courses…) pour transporter des habitants. Les résidants aident les personnes âgées à porter leurs sacs. Des activités qui permettent aux 40 usagers d'être dans une posture valorisante. La ferme est aussi l'occasion de susciter des visites et des partenariats avec d'autres établissements, scolaires ou médico-sociaux. Par ailleurs, un comité d'animation composé des résidants est chargé de proposer des activités dans la structure, mais aussi à l'extérieur. Par exemple, chaque année, une soirée concert est organisée avec une association du village. D'autres projets sont en route, comme celui d'ouvrir un salon de thé, ou de former les résidants aux règles de compostage afin qu'ils deviennent instructeurs pour les visiteurs (habitants, scolaires...).

« En deux ans, nous avons fait notre place, et nous sommes maintenant bien repérés », se satisfait Catherine Larnaude. « Pour cela, la posture des équipes a été primordiale », pointe la directrice adjointe. « Même s'ils savent que lorsqu'il y a des activités et des sorties, les résidants sont moins angoissés, nous leur avons lancé un challenge. Cette dynamique demande beaucoup de travail, de la motivation et de la créativité », explique-t-elle.

Consolider les équipes

Ce n'était pas gagné d'avance. Le projet a failli pêcher par excès d'enthousiasme. La capacité du bassin d'emploi à fournir les compétences nécessaires n'avait pas été anticipée. « Pour l'ouverture nous avons reçu beaucoup de candidatures locales, mais très peu étaient qualifiées », se souvient Dominique Sacriste. « Ce, d'autant que les besoins de notre public sont spécifiques, et que nous devons faire face à la concurrence d'autres recruteurs comme l'hôpital et des établissements pour personnes âgées », complète Céline Lasserre. « Nous avons recruté cinq personnes d'ici, non diplômées et leur avons financé une formation en cours d'emploi de deux ans », explique la directrice adjointe, qui fait aussi appel à des intérimaires.Mais des postes d'aide médico-psychologique sont encore vacants, et le turn-over est important du fait de cette implantation. Pourtant, dès le départ le foyer a incité les salariés à pratiquer le covoiturage pour réduire leurs frais de déplacement, en conciliant leurs plannings. « Il nous faut encore tenir cinq ans afin de consolider les équipes. Le temps de finir les formations en interne ou celles des intérimaires », estime Céline Lasserre. Un chantier prioritaire.

Contact : 05 45 89 68 68

Noémie Gilliotte

« Notre planche de salut »

François Weller, maire d'Abzac

« Mon objectif est que l'établissement devienne le centre du village. Et, dans l'absolu, qu'on n'appelle plus les usagers les "résidants", mais simplement les habitants. Nous sommes sur la bonne voie. Les administrés commencent à prendre conscience que l'avenir du village passe en partie par le foyer. Il est notre planche de salut ! Grâce à lui, nous disposons d'une cantine scolaire aux normes et de la cuisine centrale partagée avec l'Adapei, d'une salle polyvalente et de bureaux pour les associations locales, ainsi que d'un salon de coiffure. Les Abzacois, qui n'avaient plus d'épicerie depuis un an, ont aussi d'un dépôt de pain. L'arrivée de l'établissement a aussi permis de créer sur le territoire une quarantaine d'emplois et, à la commune, de se maintenir au dessus du seuil des 500 habitants. »

En chiffres

40 résidants (27 hommes et 13 femmes) dont :

- 35 résidants en foyer occupationnel (prix de journée globalisé : 134,84 euros)   

- 5 résidants en foyer d'accueil médicalisé (prix de journée globalisé de 135,88 euros et forfait journalier soins de 68,49 euros)

Moyenne d'âge des résidants : 55 ans

36,65 ETP, dont :

- 25,5 aides médico-psychologiques

- 2 aides-soignantes

- 0,6 éducateurs spécialisés

Bâtiment de 2000 m2, terrain de 3500 m2

Publié dans le magazine Direction[s] N° 80 - janvier 2011






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