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12e Trophée - Mention Coopération sur le territoire
Le compagnonnage, voie d’insertion pour les jeunes

06/06/2017

Nord, Pyrénées-Orientales, Hauts-de-Seine, Haute-Saône, Yonne. Afin d’assurer l’insertion professionnelle et l’autonomie des jeunes accompagnés dans leurs établissements, six directeurs d’Itep et de Mecs ont choisi de mutualiser compétences et ressources. Ce dans le cadre d’un parcours de compagnonnage.

« Le projet de compagnonnage est né il y a trois ans d’un constat commun fait avec Guillaume : celui de la difficulté de chacun à trouver sur nos territoires des stages professionnels pour les jeunes de nos structures, se souvient Laurent Quiles, directeur du dispositif Itep (institut thérapeutique, éducatif et pédagogique) – Ditep – Leconte de Lisle, en Haute-Saône. Guillaume avait des possibilités que nous n’avions pas, et inversement. »« Guillaume », c’est Guillaume Logez, son collègue et ami, directeur de trois maisons d'enfants à caractère social (Mecs), à Lille. Qui dresse le même état des lieux : « Les jeunes que nous accompagnons étaient confrontés à un mécanisme de réseau fermé et discriminatoire. Il devenait indispensable de trouver des réponses ailleurs. »

Dès septembre 2014, les deux directeurs décident d’ouvrir les portes de leurs structures respectives, le Ditep et le service des hébergements du réseau éducatif lillois (Sherel), aux jeunes de 15 à 18 ans résidents de l’autre établissement. Ceux-ci sont accueillis pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, afin d’effectuer des stages en entreprise ou en association culturelle du territoire, dans des domaines souvent saturés ou inexistants dans leur département d’origine.

Échange de bons procédés

Démarré sous la forme d’un échange de bons procédés, le projet se structure vite et se professionnalise. Aurélie Boulesteix, conseillère technique Vie des établissements de l'association gestionnaire – l’Association laïque pour l’éducation, la formation, la prévention et l’autonomie (Alefpa) – prend en charge sa coordination. Dès lors, le nombre de structures inclues dans le projet passe rapidement à sept. « Nous souhaitions élargir le périmètre du compagnonnage afin d’augmenter les possibilités d’orientation pour les jeunes, explique Guillaume Logez. Notre enjeu était de mobiliser les directeurs et surtout de faciliter le management basé sur l’autonomie des éducateurs car nous ne souhaitions pas de cadre. »

En effet, un référent compagnonnage, éducateur spécialisé, est nommé dans chaque établissement concerné afin de s’occuper du dispositif. Après avoir identifié les besoins des usagers, il évalue, avec l’aide de ses collègues, la pertinence de la mise en œuvre d’un compagnonnage. Celui-ci peut être cyclique ou pendulaire, autrement dit effectué sur plusieurs sites à la suite ou entre deux établissements. Une seule règle prévaut à la validation d’un tel projet : « Il faut que cela ait du sens dans le parcours du jeune ! », clament en chœur Alexis Rivière et Émilie Sery, respectivement référents au Sherel et à la Mecs de la Communauté Paul Machy, à Gravelines (Nord). « Cela peut être un jeune qui a un projet bien défini mais qui manque d’expérience, quelqu’un qui se cherche et qui trouvera dans le compagnonnage un moyen de diversifier les possibilités ou encore qui est en réorientation », précise Alexis Rivière.

Pour sa part Fatou, 17 ans, souhaitait définir son projet professionnel. Résidente du Sherel, elle a été accueillie à Paul Machy pendant les vacances de février dernier afin de découvrir le travail d’animation dans une maison de quartier. « J’ai beaucoup aimé m’occuper des enfants, organiser des jeux, les sortir… Je ne connaissais pas ce métier mais je sais maintenant que j’aimerais bien être animatrice plus tard », avoue-t-elle.

Les éducateurs en première ligne

Les éducateurs référents se chargent de tout : du choix du compagnonnage – en accord avec le jeune –, de son organisation, de son suivi, de son évaluation ainsi que de l’accueil des usagers des autres établissements et de leur accompagnement. Aurélie Harchy, directrice de la Communauté Paul Machy qui a rejoint le dispositif en juin 2015, reconnaît que cette autonomie laissée aux éducateurs n’a pas été facile à faire accepter tout de suite à toute l’équipe. « Certains chefs de service avaient un peu l’impression d’être dépossédés de leur rôle car ils n’avaient qu’à intervenir après coup, pour valider le compagnonnage déjà préparé. Je leur ai dit: "Si vous n’avez rien à faire c’est que ça fonctionne parfaitement !" Petit à petit, cela a été très bien compris. »

Ce « management de délégation et de responsabilité », comme le qualifie Laurent Quiles, est un préalable à remplir par chaque établissement souhaitant intégrer le projet. Les directeurs ne manquent d’ailleurs pas de le rappeler lors de leurs deux comités de pilotage annuels, pendant lesquels sont abordés les orientations, les objectifs de travail et l’évaluation du dispositif. En outre, deux réunions techniques sont organisées chaque année par Aurélie Boulesteix, afin de permettre aux éducateurs référents de se rencontrer, d’échanger sur les parcours des jeunes et de planifier des compagnonnages. « Nous avons également mis en place des réunions téléphoniques pour faciliter encore les échanges entre éducateurs. Sans oublier des outils pratiques, tels que l’annuaire des établissements intégrés au projet, avec le détail des activités pouvant être proposées et les coordonnées de chaque référent, ainsi que des fiches d’opérationnalisation du parcours », souligne-t-elle.

« Circulez, y a tout à voir »

Si l’objectif premier du compagnonnage est bien de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes accompagnés, le dispositif œuvre également en faveur de leur mobilité. Implantés sur l’ensemble du territoire (Nord, Pyrénées-Orientales, Hauts-de-Seine, Haute-Saône, Yonne), les six Mecs et le Ditep partenaires du projet sont ainsi autant de lieux possibles de déplacement. « Cet aspect du compagnonnage m’a tout de suite intéressée car cela permet de sortir du cadre classique de l’accompagnement des jeunes "dans les murs" », relève Aurélie Harchy. « La mobilité doit être considérée comme un droit, insiste Guillaume Logez. On se doit de dire aux jeunes : "Circulez, y a tout à voir" ! » Ceux-ci découvrent un nouvel environnement, de nouvelles pratiques, de nouveaux camarades aux profils parfois très différents et, pour la majorité d’entre eux, voyagent seuls pour la première fois. Un grand pas pour des adolescents rarement habitués à sortir de chez eux et encadrés depuis leur enfance par une ribambelle d’adultes.

Envoyé deux semaines près de Perpignan pour être formé en cuisine, Mady, 16 ans, résident de la Communauté Paul Machy, est très fier : « J’ai demandé mon chemin tout seul à Paris quand j’ai dû changer de train ! » Un enthousiasme partagé par Émilie Sery, son éducatrice. « Depuis qu’il est rentré, Mady est méconnaissable, ce voyage l’a fait énormément grandir. Partir seul est très important pour l’autonomisation des jeunes. » Au Ditep Leconte de Lisle en revanche, cette autonomie est plus difficile et les adolescents sont accompagnés dans leurs déplacements par les infirmières, éducateurs ou stagiaires. L’approche du compagnonnage est également quelque peu différente : « Nous considérons que cela fait partie du soin », note Laurent Quiles.

Des jeunes acteurs de leurs parcours

Après deux ans et demi de mise en œuvre, le projet semble aujourd’hui avoir parfaitement trouvé sa place dans l’ensemble des établissements. Quelques jeunes ont été embauchés à la suite de stages, beaucoup ont développé leurs compétences et affiné leur projet, et tous se sont enrichis personnellement. « Le compagnonnage leur a permis de se prendre beaucoup plus en main et de devenir acteurs de leur parcours », relève Aurélie Harchy. Dont la Mecs a également bénéficié de ce décloisonnement des accompagnements. « Nous étions l’exemple type de la structure fermée alors que maintenant nous existons sur le territoire », s’enthousiasme-t-elle. Une convention d’insertion professionnelle a d’ailleurs été signée avec la mission locale de sa commune, afin de faire profiter son public et celui des autres établissements d’un réseau de structures plus large, et elle projette d’ouvrir le centre de formation de Paul Machy aux jeunes suivis par la mission. Le comité de pilotage a également de nombreux projets pour l’avenir : organiser des rencontres entre les jeunes accompagnés dans le cadre du projet ; essaimer celui-ci à d’autres types d’établissements de l’Alefpa, notamment aux instituts médico-éducatifs (IME) ; élargir les parcours de compagnonnage aux jeunes suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) à Lille ; et enfin ouvrir l’initiative à d’autres associations du territoire. Un appel à saisir !

 

Élise Brissaud. Photos : Thomas Gogny

« Ne pas rester bloqué par les aspects administratifs »

Aurélie Boulesteix, conseillère technique Vie des établissements de l’Alefpa et coordinatrice du projet de compagnonnage

« Institué à titre expérimental, le projet est rapidement devenu une orientation globale, mentionnée dans le projet associatif de l’Alefpa. Outre l’instauration d’une nouvelle logique de parcours, interétablissements et à l’échelle du territoire national, le compagnonnage innove dans ses modalités de financement. Aucun échange d’argent n’est opéré. C'est la structure qui accueille le jeune qui se charge de financer les frais relatifs à son séjour. L’agence régionale de santé (ARS) Bourgogne Franche-Comté, financeur du Ditep Leconte de Lisle, soutient par ailleurs le projet en comptabilisant le nombre de journées d’accueil des adolescents dans l’établissement comme des jours effectifs d’activité du dispositif. Mais il est très important, pour que l’initiative fonctionne, qu’elle ne reste pas bloquée sur des aspects administratifs et qu’elle se concentre bien sur le projet du jeune. »

 

En chiffres

  • 1 Ditep Leconte de Lisle (4 sites en Bourgogne-Franche-Comté) et 6 Mecs : 3 en Hauts-de-France (La Communauté Paul Machy à Gravelines, le Foyer Denis Cordonnier et le Sherel à Lille), 1 en Ile-de-France (Mecs Jean Zay à Clichy), 1 en Occitanie (Mecs du Roussillon à Verney-les-Bains) et 1 en Bourgogne-Franche-Comté (la maison Georges Aulong à Gurgy, du Réseau éducatif de l’Alefpa
    de l’Yonne.
  • 6 territoires mobilisés.
  • Environ 20 jeunes accompagnés chaque année dans le cadre d’un compagnonnage, soit depuis le début de l’initiative, 35 parcours, pendulaires ou circulaires.
  • Comité de pilotage : 6 directeurs d’établissement, 1 chef de service et 1 conseillère technique Vie des établissements
  • Comité technique : 7 éducateurs spécialisés, 1 encadrant technique et 1 conseillère technique.
  • 1 éducateur référent Compagnonnage par établissement.

Contact : 03 59 69 09 76

Publié dans le magazine Direction[s] N° 154 - juin 2017

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© Thomas Gogny

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