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Tribune
"De cette crise, il faudra retenir des leçons"

15/04/2020

Cadre dans une association d'aide à domicile, Sarah Bessière espère que les les métiers mal reconnus du secteur, en tension, seront enfin valorisés à l'issue de l'épidémie de coronavirus. Afin que "les mercis se voient aussi sur les fiches de paie".

Cadre dans un service d'aide et d'accompagnement à domicile (Saad) dans le Puy de Dôme (non encore zone prioritaire au 25 mars 2020), géré par l'association Novavie, assistant en qualité de vie, je traverse cette crise du Covid 19.

Notre secteur de l'aide à domicile se trouve dans un paradoxe. Nous vivions, depuis fin 2019, un frémissement de reconnaissance par les pouvoirs publics avec les rapports Libault et El Khomri mais avec sans cesse un report de la loi Grand Âge. Aujourd'hui, nos structures et nos personnels sont enfin clairement cités dans les arrêtés gouvernementaux, reconnus comme étant un rempart pour éviter des hospitalisations et favoriser la sortie de patients des centres hospitaliers afin de les soulager pour céder la place aux soins des patients covid-19. Bonne nouvelle ! Une reconnaissance gouvernementale en pleine crise de Covid-19, c'est de l'espoir, de bonne augure pour notre secteur en sortie de crise. 

Alors, quelle est l'application sur le terrain ?

Nous le savons le changement culturel est long... Cette reconnaissance ne se décline pas instantanément. Sur notre territoire, très peu de masques délivrés par les officines malgré un arrêté, des infirmiers libéraux qui ne comprennent pas que les aides à domicile ne soient pas masquées pour travailler, le rectorat interpellée pour faire appliquer l'accueil des enfants de nos salariés dans les écoles, des familles et des bénéficiaires inquiets également... Et le personnel partagé entre devoir, engagement et leurs peurs et incompréhension de ne pas être protégé dans leur mission. Comment maintenir un climat de confiance quand, à l'insécurité de cette crise sanitaire, s'ajoute quotidiennement un rappel de cette insécurité pour toutes les parties prenantes ? Comment éviter la contagion de l'angoisse ? 

Nos solutions sont la communication quotidienne des actions de l'association pour trouver des masques, du gel hydro alcoolique, des rappels des bonnes pratiques, une permanence de notre référente santé... Mais cela ne suffit pas à rassurer et tranquilliser le personnel ni nos usagers. 

De cette crise, il faudra retenir des leçons. Que les métiers mal reconnus, en pénurie de personnel soit enfin valorisés : formation plus complète, meilleur salaire, analyse des pratiques, temps passé en réunion, formation et APP rémunéré... Pour que cette crise ne soit pas qu'un comptage des malades et des décès, pour que l'articulation entre les acteurs du domicile ne soit pas de la défiance mais de la complémentarité, pour que les mercis se voient sur les fiches de paye, pour que nos plus fragiles restent confiants quand à la capacité de l'État à les maintenir en sécurité chez eux. 

Cette crise est l'occasion de prendre soin de notre avenir. 

Sarah Bessière, cheffe de service, association NOVAVIE






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