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Etudes et prospectives
Usagers des drogues : gros plan sur l'action des Caarud

10/03/2010

Quatre ans après la création des centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction de risques pour usagers de drogues (Caarud), l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies dresse un premier bilan de leur fonctionnement.

En 2009, il existe en France 130 centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction de risques pour usagers de drogues (Caarud). Reconnus par la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, les principales missions dévolues à ces établissements médico-sociaux concernent l'accueil collectif et individuel, l'information et le conseil personnalisé pour usagers de drogues ; le soutien aux usagers dans l'accès aux soins au logement et l'insertion ou la réinsertion professionnelle. Ils assurent également la mise à disposition de matériel de prévention des infections et l'intervention de proximité à l'extérieur du centre, en vue d'établir un contact avec les usagers, ainsi que le développement d'actions de médiation sociale.

Les différentes modalités d'intervention des structures en 2007

Modalité d'interventionNombre (*)
Accueil fixe127
Équipe de rue64
Unité mobile 37
Équipe en milieu festif38

(*) Un Caarud peut animer plusieurs équipes de même ou de différente nature.

Source : ASA-Caarud 2007/OFDT, DGS

Les Caarud interviennent selon différentes modalités. La quasi-totalité des centres (97 %) offrent un accueil fixe, mais 80 % ont développé plusieurs modalités d'intervention.

De plus, 58 % des Caarud travaillent avec des équipes de rue, 36 % interviennent en milieu festif et 33 % ont des unités mobiles (véhicules). Enfin, 20 % des CAARUD ont développé des actions en milieu pénitentiaire et 39 % interviennent à l'extérieur des structures à la rencontre de personnes vivant en squat.

Composition moyenne d'un Caarud en 2007 (en ETP)

Direction/administration : 1

Personnel de soin : 0,75

Personnel socio-éducatif : 2,35

Autre : 1

Source : ASA-Caarud 2007/OFDT, DGS

Les missions des Caarud sont principalement assurées par des personnels salariés, même si une estimation du bénévolat réalisée au sein de ces structures, fait apparaître au niveau national plus de 100 ETP (équivalent temps plein), soit un ETP par structure en moyenne. Néanmoins, la part des stagiaires est prépondérante parmi les bénévoles (50 %). Parmi les salariés, le personnel socio-éducatif est majoritaire. Les éducateurs constituant la catégorie la plus représentée (22 % de l'ensemble des personnels).

Répartition des structures en fonction des recettes (figurant au compte administratif)

Recettes totales Pourcentage des structures concernées
Moins de 100 000 euros26
Entre 100 000 et moins de 500 000 euros62
500 000 euros et plus12

Source : ASA-Caarud 2007/OFDT, DGS

Conformément au Code de l'action sociale et de la famille (article L314-3-3), les Caarud sont financés par l'objectif national de dépenses de l'assurance maladie (Ondam) médico-social. C'est la raison pour laquelle près de 80 % des ressources déclarées correspondent à la dotation globale de fonctionnement. Le total annuel du financement Ondam en 2007 est d'un peu plus de 22 millions d'euros (montant qui ne tient compte que des 99 rapports d'activité reçus).

Les personnes accueillies

Parmi les 4 197 personnes interrogées, 77 % sont en situation de précarité modérée ou forte. La moyenne d'âge est de 33,4 ans. Les hommes sont majoritaires (78,7 % contre 21,3 % de femmes). Les produits les plus consommés sont les opiacés (56,7 %), le cannabis (49,7 %), les stimulants (46,7 %), l'alcool (36,8 %) les médicaments non opiacés (13,8 %) et les hallucinogènes (8,6 %). 59,6% déclarent bénéficier d'un traitement de substitution aux opiacés médicalement prescrit. 50,2 % ont eu recours récemment à l'injection. Les moins de 20 ans recourent deux fois plus à l'injection que les plus de 50 ans. La moitié des injecteurs déclarent n'avoir jamais partagé de seringues.

Nature et fréquence des actes réalisés au sein des Caarud en 2007

Nature des actesNombre d'actes par usager
Aide à l'hygiène et accès aux soins de première nécessité2,38
Éducation à la santé
2,06
Accès aux droits0,79
Incitation au dépistage et vaccination hépatite B 0,65
Soin et orientation vers le système de soin0,58
Accès au logement0,53
Accès à l'insertion/réinsertion professionnelle0,13

En moyenne et en 2007, un Caarud a organisé 2,38 actes d'aide à l'hygiène et d'accès aux soins de première nécessité par personne accueillie.

Source : ASA-Caarud 2007/OFDT, DGS

Même si les Caarud ont librement développé leur modalité d'intervention, les mesures d'accueil proposées par les centres sont relativement homogènes : plus de 9 structures sur 10 proposent un espace d'accueil et de repos, une mise à disposition de boisson et nourriture et un accès téléphonique/Internet. Plus d'une structure sur deux propose également un espace laverie et sanitaire. En revanche, les centres ne sont que 11 % à mettre à la disposition des personnes accueillies un casier/consigne pour leurs effets personnels.

Ces mesures d'accueil partagé sont caractéristiques des structures intervenant auprès d'une population très marginalisée, sans domicile permanent, dont les premiers besoins sont fondamentaux et basiques : s'alimenter, se reposer, se laver...

Au-delà des prestations et services d'accueil, les Caarud développent un panel de prestations qui entrent dans leurs missions : éducation à la santé, soins et accès aux soins, accès aux droits, au logement, à la formation et à l'emploi, mise à disposition de matériel de prévention. Enfin, des actions de médiation sociale sont développées par un certain nombre d'entre eux.

Éducation et santé

75 % des entretiens individuels et sessions d'information collectives sont axés sur les risques liés aux modes de contamination et aux substances. Les risques liés à la sexualité ne sont abordés que dans 25 % des cas. Les sessions d'information en groupe sont extrêmement peu fréquentes. Les professionnels ont recours quasi systématiquement à l'entretien individuel pour aborder ces questions. On peut faire l'hypothèse que cela correspond aux méthodologies d'interventions habituelles des professionnels, davantages axées sur les échanges en face à face.

Accès aux soins

Les Caarud sont également des acteurs de santé. En effet, la très grande majorité des actes d'aide à l'hygiène et aux soins de première nécessité sont réalisés au sein des structures par le personnel soignant ou socio-éducatif (9 actes sur 10). L'aide à l'hygiène et les soins corporels constituent les actes les plus fréquemment pratiqués (35 %) et sont réalisés sur place dans la quasi-totalité des cas, suivis des soins infirmiers (26 %), de l'information sur les traitements/observance (21 %) et du soutien psychologique (18 %). Ces actes nécessitent dans moins de 10 % des cas une orientation vers une autre structure.

Enfin, les Caarud favorisent l'accès et l'orientation vers la médecine générale et spécialisée. Parmi ces actes, la médecine générale représente la part la plus importante (40 %), avec l'accès à la substitution aux opiacés (24 %), le suivi psychologique (10 %) et le traitement du VHC (10 %). La plupart de ces actes sont réalisés sur place par convention ou font l'objet d'orientation. Les personnels des Caarud accompagnent physiquement les personnes, principalement dans les cas d'intervention vers les services d'urgence (51 % des situations) et de traitement du VIH (24 %).

Accès aux droits, à l'insertion et à la réinsertion professionnelle

Parmi cette catégorie de services, l'accès aux droits constitue la principale activité des Caarud. Plus de la moitié de ces actes sont réalisés directement et au sein des structures elles-mêmes. L'accès aux droits sociaux (33 %) constitue l'une des priorités des personnes  accueillies, suivi des démarches administratives (30 %), de santé (23 %) et des démarches liées à des problèmes judiciaires (14 %). Près d'une situation sur dix nécessite un accompagnement physique des personnes.

Concernant la question du logement, 73 % des interventions des professionnels sont dédiées à la recherche d'hébergements d'urgence. La recherche d'un hébergement autonome (14 %), social (10 %) ou thérapeutique (3 %) constitue les autres interventions des professionnels au bénéfice des personnes reçues.

L'accès à l'insertion et à la réinsertion professionnelle sont les axes les moins développés par les Caarud en 2007. La situation de grande précarité des personnes accueillies explique facilement ce constat : les priorités et urgences ne sont pas à la recherche d'une formation ou d'un emploi. En effet, selon une variable synthétique de précarité socioéconomique, 77 % des personnes reçues sont considérées comme étant en situation précaire modérée à forte ; la précarité forte touchant davantage les femmes (42,3 %) que les hommes (33,4 %).

Mise à disposition de matériel de prévention

Près de sept personnes sur dix accueillies par les Caarud ont eu recours à la voie intraveineuse au moins une fois au cours de leur vie. Malgré la mise en place des campagnes et programmes de réduction des risques liés à l'injection, ils sont encore 73 % en 2006 à avoir pratiqué l'injection récemment et parmi eux, un sur cinq déclare partager son matériel d'injection.

Les Caarud sont ainsi des acteurs essentiels des politiques de réduction des risques : mise à disposition et récupération du matériel nécessaire à l'injection pratiquée dans de bonnes conditions d‘hygiène.

Le matériel peut être distribué à l'unité (seringues, filtres, tampons...) ou sous la forme de « trousses d'injection » (Kits+, Kap, Stéribox). Ce matériel est soit remis en mains propres par les personnels des Caarud, soit par le moyen d'automates, gérés par ces derniers.

En 2007, ce sont donc près de 3,3 millions de seringues qui ont été délivrées aux personnes pratiquant l'injection et fréquentant les Caarud et/ou utilisant les automates (une trousse d'injection contient 2 seringues).

Ainsi, en 2007, les Caarud ont distribué hors automates, 122 seringues par personne accueillie pratiquant l'injection, soit en moyenne dix seringues par mois et par personne.

 

Carte d'identité

Auteurs. Matthieu Chalumeau, Adeline Stawinski, Abdalla Toufik, Agnès Cadet-Taïrou de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

Titre de la publication. Les Caarud en 2006 et 2007, analyse nationale des rapports d'activité, janvier 2010.

Téléchargeable sur www.ofdt.fr/ofdtdev/live/publi/rapports/rap09/epfxmcpc.html






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