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Entretien Avec Florent Gueguen (Fnars)
“Les jeunes sont les plus fragilisés par la crise”

03/04/2013

Priorités de Florent Gueguen, directeur général de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) ? L’accompagnement des 18-25 ans, dont les taux de pauvreté et de chômage atteignent des sommets, et des migrants. Mais aussi le suivi du plan de lutte contre l’exclusion.

Vous avez rejoint la Fnars en octobre dernier, à un moment-clé : celui de la préparation de la conférence nationale de lutte contre la pauvreté et du plan quinquennal. La priorité sur votre feuille de route ?

Florent Gueguen. La feuille de route confiée par le président de la Fnars Louis Gallois comprend la poursuite des missions de la fédération, c’est-à-dire des actions militantes en faveur de l’accès au logement, à l’hébergement et à l’emploi des personnes en grandes difficultés sociales. Avec deux priorités fortes dès 2013 : les jeunes et les migrants. Bien entendu, un sujet majeur est le suivi et la bonne mise en œuvre du plan de lutte contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale. Nous participerons à son évaluation, menée par François Chérèque. Nous nous sommes d’ores et déjà investis dans le groupe de travail sur la construction des indicateurs qualitatifs et quantitatifs. Nous nous appuierons sur notre réseau et sur les personnes qu’il accueille afin de recueillir les effets des mesures annoncées sur les territoires.

La présence de votre prédécesseur Matthieu Angotti [1] au cabinet du Premier ministre a-t-elle constitué un relais sur ces questions ?

F. G. On retrouve beaucoup de nos valeurs et orientations dans le plan quinquennal, comme la participation des usagers aux politiques qui les concernent. Nous sommes également satisfaits de certaines mesures, par exemple les 4000 places d’hébergement et les 4000 autres de centres d'accueil pour demandeurs d’asile (Cada) en 2013. Néanmoins, un certain nombre de nos propositions n’ont pas été retenues et les engagements financiers de l’État pour ce plan ne sont pas clairement établis.

C'est-à-dire ?

F. G. Pour les plans territoriaux de sortie de l’hiver, nous demandions un diagnostic territorial à 360 ° couvrant l’ensemble des situations de mal-logement. Pour le moment, cela ne concerne que les publics hébergés dans le cadre des places hivernales. Nous comprenons que pour le gouvernement il y a des étapes, la première étant aucune remise à la rue fin mars. Mais il serait inacceptable de s’arrêter là.

En outre, nous attendions une loi de programmation pluriannuelle, avec un focus en matière de logement et d’hébergement des personnes en difficulté et des financements nettement identifiés sur le quinquennat. Le refus du gouvernement, pour des raisons budgétaires, est très problématique, car nous n’avons aucune visibilité sur la production de logements accessibles aux plus exclus, ni sur la poursuite des créations de places l’année prochaine. Il manque assurément une volonté politique sur le sujet. Nous espérons d’ailleurs qu’il s’agira de 4000 places de type centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), répondant aux normes d’accueil inconditionnel, 24 heures sur 24, de non-abandon et de continuité de la prise en charge. Pour l’heure, nous n’avons aucune garantie et il serait inenvisageable que ce soit de nouvelles places d’hôtel, car le système est en train d’exploser. Avec 20 000 nuitées par jour et un budget strictement hôtelier du Samu social en 2012 de 120 millions d’euros, il est urgent de réorienter ces financements vers le logement accompagné et pour des places d’hébergement dignes de ce nom. D’autant que selon le baromètre du 115, environ la moitié des appelants cet hiver ne se sont pas vu proposer de solution d’hébergement. Reste que la priorité doit bien être in fine l’accès au logement le plus directement possible. Aujourd’hui, on en est loin. 

Vous disiez qu’un chantier de 2013 sera l’accompagnement des migrants…

F. G. En effet. Nous avons réclamé au ministre de l’Intérieur Manuel Valls la tenue d’une conférence de consensus sur l’accueil des migrants et demandeurs d’asile. Il existe aujourd’hui 21 000 places de Cada, alors que chaque année on dénombre peu ou prou 50 000 demandeurs d’asile ! Nous saluons l’effort de création de 4000 places en 2013, mais nous voulions 10 000 places sur le quinquennat. Dans beaucoup de centres, en particulier dans les grandes villes, au moins la moitié des personnes accueillies le sont sans titre de séjour. Or, l’accès au dispositif national d'accueil (DNA) multiplie par trois la chance d’obtenir le statut de réfugié.

Globalement, la situation des Cada est catastrophique. Ces trois dernières années, leur prix de journée a baissé de 8 % : il s’établit à 24 euros par jour et par personne. Un choix politique que nous contestons, tout comme la sanction financière lorsque les structures gardent des déboutés plutôt que de les remettre à la rue, dans le respect du principe d’accueil inconditionnel, puisque le dispositif commun est saturé. C’est l’articulation entre ceux de l’asile et de l’hébergement qu’il faut revoir. Nous demandons une cotutelle des ministères de l’Intérieur et des Affaires sociales sur les budgets opérationnels des programmes Immigration et asile, Prévention de l’exclusion et insertion des personnes vulnérables.

Autre priorité, la jeunesse. Pourquoi ?

F. G. Les 18-25 ans sont les plus fragilisés par la crise économique, avec un taux de pauvreté de 23 % (contre 14% pour la population générale) et un taux de chômage à 24 % (contre 10 %). De plus, un quart des publics des centres hébergement sont dans cette moyenne d'âge. C’est donc aussi la population la moins protégée par le système de protection sociale et qui est confrontée, en particulier lorsque les jeunes ont rompu tout lien avec leur famille, à un problème massif d’accès aux droits. Sans compter une discrimination par l’âge, du fait d’un préjugé répandu selon lequel la création d’un minima social générerait de l’assistanat.

Nous avons été déçus par le peu de mesures inscrites dans le plan quinquennal et par le recyclage d’annonces par le comité interministérielle de la jeunesse (CIJ). Certes, nous soutenons la garantie jeunes qui constitue un progrès. Mais elle se limitera à 100 000 bénéficiaires sur dix sites, à titre expérimental. Nous attendions des dispositions plus ambitieuses comme l’ouverture du RSA dès 18 ans, qui bénéficierait, lui, à 350 000 jeunes.

Quant au service public de l’orientation et de l’accompagnement, c’est une mesure positive. Mais son contenu n’est pas encore très clair : on ne sait pas qui le portera, alors qu’en parallèle le projet de loi de décentralisation réoriente sur la région la formation professionnelle. Il est urgent d’arrêter de « saucissonner » les dispositifs pour les jeunes en difficulté afin qu’ils accèdent aux mesures universelles de protection de droit commun.

La réforme des aides aux travailleurs pauvres fait aussi partie de vos axes de travail ?

F. G. C’est un chantier majeur que j’ai souhaité ouvrir à la Fnars. Un tiers des personnes dans les structures d’hébergement sont des travailleurs pauvres. Avec ses quelque 9 000 bénéficiaires, le RSA « jeune actif » est un échec, et avec un taux de non-recours de 68 %, il en est de même pour le RSA « activité ». L’État fait ainsi 1,6 milliard d’euros d’économies non redistribuées aux personnes concernées. En outre, le gel du barème de la prime pour l’emploi génère aussi 300 millions d’euros, là encore non réattribués. Legouvernement a annoncé une réforme des aides aux travailleurs pauvres en 2014. Nous serons particulièrement investis dans le cadre du groupe de travail piloté par le député PS Christophe Sirugue.

Le rapport des inspections générales des Finances (IGF) et des Affaires sociales  (Igas) sur le financement de l’insertion par l’activité économique (IAE) est imminent. Qu’en attendez-vous ?

F. G. En période de crise économique et de chômage de masse, l’IAE devrait être une priorité gouvernementale. Nous avons plaidé auprès des inspections pour l’expérimentation de conférences départementales des financeurs pour les mettre tous autour de la table et décloisonner les financements dans l’optique d’enveloppes fongibles en fonction des besoins du territoire. Nous sommes également favorables à une réforme de l’aide au poste des chantiers d’insertion selon les nécessités d'accompagnement de la personne et de son degré d'éloignement de l’emploi. Nous veillerons à ce que le texte ne serve pas à cautionner des baisses de la prise en charge, car l’IAE est confrontée à un sous-financement chronique.

[1] Matthieu Angotti est conseiller technique sur les questions de pauvreté et d’inclusion sociale au cabinet du Premier ministre.

Propos recueillis par Noémie Gilliotte

Carte d’identité

Nom. Gueguen
Prénom
. Florent
Âge
. 40 ans
Formation. DEA « Actions et politiques publiques », master 2 « Économie et gestion du secteur médico-social ».

Parcours. Service civil à la mission Politique de la ville de la préfecture du Val-d’Oise ; chargé de mission Affaires sociales auprès de Bertrand Delanoë, président du groupe socialiste au Conseil de Paris ; directeur de cabinet de Gisèle Stievenard, adjointe au maire de Paris chargée de la politique de la ville et de l'engagement solidaire et vice-présidente du conseil général ; conseiller social du maire de Paris, chargé de l’insertion professionnelle, de la lutte contre l’exclusion et de la protection de l’enfance.
Fonction actuelle. Directeur général de la Fnars

Publié dans le magazine Direction[s] N° 107 - mai 2013






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