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Grand débat national
Une occasion saisie

20/02/2019

Après quelques hésitations, les acteurs de la solidarité ont fini par s’emparer du Grand débat national. Objectifs ? Permettre aux personnes exclues, handicapées ou encore âgées de s’exprimer et faire remonter les attentes du secteur social et médico-social. Non sans incertitudes sur l’issue de l'opération.

Grand débat organisé à Niort par le Secours catholique © Steven Wassenaar

Donner la parole aux citoyens pour « forger un nouveau pacte économique, social et environnemental ». C’est l’ambition affichée par le gouvernement qui, en réponse au mouvement des Gilets jaunes, a lancé le 15 janvier le Grand débat national sur quatre thématiques : fiscalité, transition écologique, citoyenneté et organisation de l’État. À l’approche de la fin de cet exercice de grande ampleur, comment les fédérations et associations de solidarité, qui font traditionnellement office de médiatrices entre les pouvoirs publics et la population, s’en sont-elles saisies ?

Dissiper l'écran de fumée

L’opération ne les a pas d’emblée convaincus. « Selon certains, ce n’est qu’un écran de fumée pour faire baisser la pression », relève Patrick Doutreligne, président de l’union nationale Uniopss. Sans compter que « la mise à l’écart de la commission nationale du débat public fin 2018 et la prise en main de l’opération par le gouvernement font craindre qu’elle soit verrouillée d’avance », note Jean Merckaert, directeur Action Plaidoyer du Secours catholique. Pour qui intégrer les questions sur l’immigration ou la laïcité à la consultation, censée répondre à une crise sociale, a créé une forme de malaise.

Néanmoins, la plupart des grandes associations et représentants du secteur social et médico-social, sollicités par Matignon pour s’y investir, ont décidé de se lancer. D’abord, parce que « nous n’avons eu de cesse de reprocher au gouvernement de passer outre les corps intermédiaires, nous ne pouvions pas refuser d’y prendre part », justifie Hugues Vidor, président de l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire - ESS (Udes). Qui, pour inciter ses membres à participer, a diffusé une plateforme de propositions répondant aux questions du gouvernement. Objectif ? Que les acteurs locaux s’en servent comme base de travail et participent à des débats, en particulier au sein des chambres régionales de l’ESS.

Difficile aussi pour les mouvements militants de rester à l’écart de cet événement qui, comme l’illustre Armelle de Guibert, déléguée générale des Petits Frères des pauvres, correspond à leur ADN : « Alerter et témoigner sur ce que vivent les personnes fragiles fait partie de notre projet associatif ».

Faire émerger d'autres priorités

En tête des motivations justement ? L’absence de thématiques liées à l’accompagnement des plus vulnérables dans la « Lettre aux Français » d’Emmanuel Macron début janvier. Ainsi, afin que le handicap et la perte d’autonomie ne soient pas oubliés, des unions ou fédérations comme l'Unapei ou la Fnapaef ont poussé leurs adhérents à intervenir dans les réunions locales, via des outils ad hoc. De son côté, la fédération d’employeurs Fehap invite ses délégations régionales à organiser des rencontres pour faire entendre la voix des professionnels à propos de l’accès aux soins et de la protection sociale.

Nombreux sont donc les acteurs qui ont choisi de s’extraire des sujets préconisés par l’exécutif. Ainsi l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas) prône des débats thématiques, comme à Laval où une rencontre devait porter sur les familles monoparentales en situation de précarité. Plus largement, s'adressant à tous les citoyens, l’APF France Handicap a lancé sa propre plateforme de consultation en ligne. Quant à l’Uniopss, elle a établi un questionnaire destiné à ses adhérents autour de sujets tels que les inégalités sociales, la place des associations dans la société, l'avenir de la protection sociale…

Dans les territoires, des acteurs locaux ont aussi pris les choses en main. À l’instar de l’association Adavie dans les Vosges qui devait organiser fin février, dans ses locaux, quatre réunions estampillées Grand débat portant sur la Stratégie Pauvreté. Autre exemple à Belfort, où une rencontre « Pour une reconnaissance du métier des aides à domicile », initiée par une certaine « Colette », était répertoriée sur le site national.

La parole aux invisibles

Au-delà, donner la parole aux personnes directement concernées par la précarité ou le handicap est devenu un leitmotiv. « À travers les Gilets jaunes, on entendait des gens jusque-là inaudibles. Nous avons voulu ne pas oublier les plus précaires en organisant des débats dans nos délégations », illustre Jean Merckaert. Au point que certains y ont vu une opportunité à saisir. « C’est une chance de pouvoir diffuser la parole des plus fragiles et de les faire participer à l’élaboration des politiques publiques », se félicite Isabelle Bouyer, déléguée nationale d’ATD Quart Monde. L’enjeu pour Benoît Calmels, à la tête de l’Unccas ? « Aller chercher des réponses auprès des "invisibles", ces gens qui n’iront pas dans les réunions publiques et ne déposeront pas de contribution sur le site ».

Pour permettre cette expression, les associations se sont affranchies du cadre fixé par le gouvernement. Certaines se sont emparées des thèmes préconisés, mais en organisant des réunions non ouvertes au public afin de faciliter la prise de parole des personnes. ATD Quart Monde y a ainsi consacré ses traditionnelles universités réunissant personnes précaires et citoyens engagés à leurs côtés. Dans le champ du handicap, l’association Nous aussi, notamment dans le Doubs, devait mettre sur pied des rencontres fermées.

D’autres organisations ont délibérément mis de côté les questionnaires du gouvernement jugés loin des préoccupations des plus précaires pour créer des outils adaptés. Ainsi, la Fédération des acteurs de la solidarité a diffusé un kit méthodologique pour organiser des débats dans les établissements. Une démarche nécessaire dans la mesure où « la participation des personnes demande une expertise car elles ne sont pas toujours partantes au départ », précise Florent Gueguen, le directeur général. Plus concrètement, des grandes associations comme Aurore ou Emmaüs Solidarité, à Paris, devaient regrouper l’ensemble des conseils de la vie sociale (CVS) de leurs structures. Ces initiatives ont rapidement interpellé les ministres qui s’y sont invités. « Ce qui permet au gouvernement de dire qu’ils s’intéressent à tous les publics », commente Florent Gueguen.

Affûter ses arguments

Dès lors, que vont faire les organisations de ces contributions issues du terrain ? Courant mars, elles les synthétiseront afin de les défendre auprès du gouvernement lors des conclusions du Grand débat. Mais au-delà, cette matière doit leur permettre de réactualiser leurs revendications et d’affûter leurs arguments dans la perspective des chantiers à venir (concertation Grand Âge, Stratégie Pauvreté…), mais aussi des prochaines élections. « Nous pourrons nous appuyer sur ces remontées pour interpeller les candidats aux municipales en 2020 et leur rappeler qu’il ne faut pas oublier les politiques sociales », prévient Benoît Calmels.

Reste que dans l’immédiat, les doutes sur la capacité de l’exécutif à traiter l’ensemble des contributions sont prégnants. « C’est pour cela que nous voulons être autour de la table pour le débrief et les conclusions », avertit Hugues Vidor. Quant aux décisions qui seront prises, « si elles ne font qu’aggraver les écarts entre les classes moyennes et les plus précaires, le secteur associatif réagira fortement », fait déjà savoir Patrick Doutreligne. « La crise exprime une forme d’exaspération dans le pays. Si le gouvernement clôt le débat en reprenant la main, il va dans le mur. Les suites peuvent être une occasion de faire de la politique autrement, en associant davantage les citoyens à l’élaboration des politiques publiques », plaide Jean Merckaert.

Noémie Colomb

« Une forme de fierté à participer »

Benoît Pontroué, cofondateur de l’entreprise adaptée 03 Experts, à Tours

« Le 12 février, nous avons organisé une réunion "Grand débat" pour les salariés volontaires au sein de notre entreprise adaptée (EA). Dix sur treize étaient présents pour échanger sur la fiscalité. Inscrite sur le site national, la rencontre n’était pas ouverte au public. Nous avons lu les documents mis à disposition. Constater la faible part de la protection sociale dans les dépenses publiques (hors retraite) les a, par exemple, interpellés. Ce fut aussi l’occasion d’évoquer l’étude de l'Union nationale des EA (Unea) « Retour sur investissement » dans les EA et de prendre conscience de la pertinence de notre modèle. Parmi leurs propositions, pour améliorer l’information sur la déclaration des impôts, ils ont suggéré de revenir au format papier pour la rendre accessible à ceux qui ont des difficultés avec le numérique. Au final, il y a une forme de fierté à participer à cet exercice. Une nouvelle réunion sur la transition écologique va suivre et à plus long terme, nous souhaitons réitérer ces rencontres sur des thèmes sociétaux. C’est une façon d’exercer sa  citoyenneté ! »

Repères

  • 6937 débats étaient inscrits sur la plateforme nationale mi-février.
  • « Nous ne nous sommes pas tout de suite lancés dans le grand débat. Notamment parce que de nombreux Gilets jaunes sont des professionnels de nos établissements même si cette colère n’influe pas sur le climat déjà difficile de nos structures », explique Antoine Perrin, directeur général de la Fehap.  
  • 10 réunions au sein d’établissements pour personnes âgées et handicapées devaient être co-animées par le think tank Cercle Vulnérabilités et Société.

Publié dans le magazine Direction[s] N° 173 - mars 2019






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