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14e Trophée - Prix des lecteurs
Projet personnalisé, projet incarné

02/01/2019

Marseille. Deux fois par an, deux résidentes volontaires du foyer de vie L’Astrée interviennent à l’IRTS Paca-Corse pour des missions rémunérées. Face aux futurs accompagnants éducatifs et sociaux et moniteurs éducateurs, elles expliquent ce que représente pour elles le projet personnalisé et leurs attentes. Une action simple de valorisation des rôles sociaux qui a convaincu les lecteurs de Direction[s].

Comment faire comprendre aux futurs professionnels le sens du projet personnalisé des usagers ? Qui mieux que les personnes directement concernées pour expliquer leurs attentes en la matière ? Depuis 2014, Amandine Pain et Laure Pons, résidentes du foyer de vie L’Astrée, à Marseille, interviennent sur le sujet à l’Institut régional du travail social Provence-Alpes-Côte d'Azur-Corse (IRTS Paca-Corse) deux fois par an pendant une demi-journée auprès de futurs accompagnants éducatifs et sociaux (AES, ex-AMP) et moniteurs éducateurs (ME).

« En tant que membre de différents jurys à l’IRTS, j’avais remarqué que la notion de projet personnalisé était difficile à appréhender pour certains étudiants, raconte Caroline Le Hémonet, éducatrice spécialisée de cet établissement géré par l’Association médico-sociale de Provence (AMSP). L’IRTS était habitué à faire intervenir des personnes en situation de handicap physique. Pourquoi ne pas faire témoigner aussi celles en situation de handicap mental ? »

Actrices de leur vie

La réflexion était également en cours au sein de l’institut. « Cela nous a tout de suite semblé pertinent que des usagers rencontrent les élèves pour évoquer leur vécu à propos du projet personnalisé », poursuit Isabelle Labathe, coordinatrice de formation des moniteurs éducateurs à l’IRTS. Une idée immédiatement soutenue et validée par la directrice du foyer de vie, Aline Grauvogel : « Nous faisons en sorte que les personnes accueillies sortent le plus souvent possible pour une plus grande inclusion dans la société. Les personnes handicapées avec déficiences intellectuelles sont souvent considérées comme des enfants par leurs proches. Ici, nous voulons les rendre actrices de leur vie et qu’elles puissent faire des choix éclairés. Cette initiative est le moyen de faire valoir ce droit ». Le projet a ensuite été proposé à plusieurs résidents, « maîtrisant la notion de projet personnalisé et à l’aise à l’oral », raconte Caroline Le Hémonet. Laure et Amandine se sont tout de suite portées volontaires ».

À chacune son rôle

Alors que les personnes accompagnées par les établissements et services sociaux et médico-sociaux sont majoritairement placées en position d’être aidées, par ces interventions es positionne

Comment faire comprendre aux futurs professionnels le sens du projet personnalisé des usagers ? Qui mieux que les personnes directement concernées pour expliquer leurs attentes en la matière ? Depuis 2014, Amandine Pain et Laure Pons, résidentes du foyer de vie L’Astrée, à Marseille, interviennent sur le sujet à l’Institut régional du travail social Provence-Alpes-Côte d'Azur-Corse (IRTS Paca-Corse) deux fois par an pendant une demi-journée auprès de futurs accompagnants éducatifs et sociaux (AES, ex-AMP) et moniteurs éducateurs (ME).

« En tant que membre de différents jurys à l’IRTS, j’avais remarqué que la notion de projet personnalisé était difficile à appréhender pour certains étudiants, raconte Caroline Le Hémonet, éducatrice spécialisée de cet établissement géré par l’Association médico-sociale de Provence (AMSP). L’IRTS était habitué à faire intervenir des personnes en situation de handicap physique. Pourquoi ne pas faire témoigner aussi celles en situation de handicap mental ? » La réflexion était également en cours au sein de l’institut. « Cela nous a tout de suite semblé pertinent que des usagers rencontrent les élèves pour évoquer leur vécu à propos du projet personnalisé », poursuit Isabelle Labathe, coordinatrice de formation des moniteurs éducateurs à l’IRTS. Une idée immédiatement soutenue et validée par la directrice du foyer de vie, Aline Grauvogel : « Nous faisons en sorte que les personnes accueillies sortent le plus souvent possible pour une plus grande inclusion dans la société. Les personnes handicapées avec déficiences intellectuelles sont souvent considérées comme des enfants par leurs proches. Ici, nous voulons les rendre actrices de leur vie et qu’elles puissent faire des choix éclairés. Cette initiative est le moyen de faire valoir ce droit ». Le projet a ensuite été proposé à plusieurs résidents, « maîtrisant la notion de projet personnalisé et à l’aise à l’oral », raconte Caroline Le Hémonet. Laure et Amandine se sont tout de suite portées volontaires ».

Aider les étudiants à avoir leur diplôme

Alors que les personnes accompagnées par les établissements et services sociaux et médico-sociaux sont majoritairement placées en position d’être aidées, par ces interventions elles sont vues au contraire comme des personnes en capacité de transmettre leur savoir. « Nous sommes là pour aider les étudiants à mieux comprendre le projet personnalisé et à obtenir leur diplôme, confirme Laure Pons. Ils nous demandent combien de fois est revu notre projet, nous questionnent sur notre rapport à notre famille, sur la vie au foyer et sur le rôle de notre éducateur référent… » Elle se souvient d’ailleurs d’un étudiant peu attentif : « Un jour, l’un d’eux n’est pas revenu en classe après la pause. J’ai dit aux autres : "c’est tout ce qu’on n’attend pas d’un éducateur !" », rigole-t-elle, encore agacée toutefois par le manque d’implication et de politesse du jeune homme. « On aime beaucoup notre métier de formatrice. Les étudiants nous interrogent sur notre vie, sur ce qu’on pense, complète sa collègue Amandine Pain, passionnée par sa mission. Caroline reformule parfois ce qu’on dit ou ce que les étudiants veulent savoir. » « Mais j’interviens de moins en moins, ajoute l’éducatrice spécialisée. Elles se répartissent la présentation et se sont donné des rôles bien définis : Laure régule la parole tandis qu’Amandine se charge plutôt du contenu ».

Ces interventions ont été préparées en amont. Pour ne rien oublier et ne pas perdre le fil, Laure Pons, qui ne lit pas, dispose d’un document qui reprend le déroulé imagé de la séance de formation : d’abord une photo d’elle-même lui rappelle de se présenter face aux étudiants lorsqu’elles entrent dans la pièce, une autre, du foyer, pour expliquer où elle vit et ce qu’elle fait au quotidien, enfin une dernière de son projet personnalisé, qu’elle expliquera ensuite. « Ça m’aide à m’organiser car je sais que j’ai tendance à parler beaucoup.» Toutes deux sont critiques par rapport à leur travail qu’elles prennent très au sérieux. « Je suis contente de ce que je fais, mais j’ai encore des progrès à faire concernant mon attention », indique Laure, rapidement rassurée par Amandine et Caroline qui l’épaulent et l’aident régulièrement à se recentrer.

Pour ces missions de formatrices, les deux jeunes femmes sont rémunérées à la vacation par l’IRTS : 24,50 euros net par heure, sur la base d’un contrat d’intervenant extérieur. « Soit dans les mêmes conditions que tous les autres intervenants », insiste Aline Grauvogel. Une rémunération qu’elles reçoivent directement sur leur compte en banque. « C’est important pour nous », indique Amandine Pain qui, comme Laure Pons, apprécie de s’offrir avec un restaurant après leur intervention.

Changement de regard

Et qu’en pensent les étudiants ? Ils ne tarissent pas d’éloges. « On aimerait davantage d’intervenantes comme elles pour nous expliquer comment les éducateurs leur sont utiles et ce qu’elles attentent d’eux, donc de nous plus tard », témoigne Caroline Ceccaldi, en deuxième année de la formation de moniteur éducateur. « Nous avons pris conscience de leur investissement dans leur projet personnalisé qu’elles ont signé et intégré. Je me suis aussi rendu compte que certaines personnes pouvaient ne pas comprendre ce qui était écrit et qu’il était important de reformuler. Une donnée que j’applique à présent sur mes lieux de stage », poursuit Émilie Bourdia, également en deuxième année de moniteur éducateur.

Aline Grauvogel note de son côté un changement de regard « des personnes elles-mêmes sur leur capacité et leur autonomie, des professionnels du foyer, mais aussi des familles fières de leur enfant. Ce qui permet de renforcer le pouvoir d’agir et l’inclusion des personnes ».

Depuis l’année dernière, Amandine Pain et Laure Pons interviennent également à l’Institut méditerranéen de formation et de recherche en travail social (IMF). L’expérience a donc de beaux jours devant elle. En outre, elle a suscité des vocations, d’autres résidents souhaitant marcher dans leurs pas, pourquoi pas sur d’autres thématiques. Quant à Laure Pons, elle aimerait avoir l’accord de la direction pour se rendre seule en transport en commun sur les lieux de formation. Une demande qui pourra faire l’objet d’un chapitre de son projet personnalisé…

Sandrine Lana - Photos : Anne van der Stegen

« Faire tomber les représentations persistantes »

Isabelle Labathe, responsable de la promotion moniteur éducateur à l’IRTS Paca-Corse

« Le projet personnalisé est un outil important dans l’accompagnement des personnes et cela fait partie de l’apprentissage des futurs travailleurs sociaux. Il n’est pas toujours évident d’en saisir les tenants et aboutissants. La formation dispensée par les deux résidentes du foyer de l’Astrée se passe formidablement bien auprès des étudiants. Elles arrivent à faire passer leurs propos et l’utilité qu’elles retirent du projet personnalisé. Ils comprennent également que ce n’est pas uniquement un outil théorique. Ils ne le vivent plus comme une contrainte mais comme un outil à utiliser pour tous. Par ailleurs, cette rencontre permet de faire tomber des représentations persistantes qu’ont les étudiants de la personne handicapée. Ils se rendent compte que malgré la situation de handicap, elles gèrent une classe et ont une intelligence de la situation. »

En chiffres

  • 2 résidentes formatrices
  • Environ 200 étudiants sensibilisés depuis 2014
  • 31,39 euros brut de l’heure : rémunération des vacations des résidentes

Foyer de vie

  • 54 places, dont 26 en internat et 28 en accueil de jour
  • 32 équivalents temps plein (ETP) : 2 éducateurs spécialisés, 1 conseiller en économie sociale et familiale, 1 éducateur sportif, 12 d'AES, 1 moniteur éducateur et 2 en contrat d’apprentissage, 2 ouvriers d’entretien, 5 maîtresses de maison, 2 veilleurs de nuit, 1 coordinatrice, 1 directeur adjoint.
  • Budget 2018 : près de 2,2 millions d’euros

Contact

04 96 16 01 80

nt au contraire comme des personnes en capacité de transmettre leur savoir. « Nous sommes là pour aider les étudiants à mieux comprendre le projet personnalisé et à obtenir leur diplôme, confirme Laure Pons. Ils nous demandent combien de fois est revu notre projet, nous questionnent sur notre rapport à notre famille, sur la vie au foyer et sur le rôle de notre éducateur référent… » Elle se souvient d’ailleurs d’un étudiant peu attentif : « Un jour, l’un d’eux n’est pas revenu en classe après la pause. J’ai dit aux autres : "c’est tout ce qu’on n’attend pas d’un éducateur !" », rigole-t-elle, encore agacée toutefois par le manque d’implication et de politesse du jeune homme. « On aime beaucoup notre métier de formatrice. Les étudiants nous interrogent sur notre vie, sur ce qu’on pense, complète sa collègue Amandine Pain, passionnée par sa mission. Caroline reformule parfois ce qu’on dit ou ce que les étudiants veulent savoir. » « Mais j’interviens de moins en moins, ajoute l’éducatrice spécialisée. Elles se répartissent la parole et se sont donné des rôles bien définis : Laure régule la parole tandis qu’Amandine se charge plutôt du contenu ».

Ces interventions ont été préparées en amont. Pour ne rien oublier et ne pas perdre le fil, Laure Pons, qui ne lit pas, dispose d’un document qui reprend le déroulé imagé de la séance de formation : d’abord une photo d’elle-même lui rappelle de se présenter face aux étudiants lorsqu’elles entrent dans la pièce, une autre, du foyer, pour expliquer où elle vit et ce qu’elle fait au quotidien, enfin une dernière de son projet personnalisé, qu’elle expliquera ensuite. « Ça m’aide à m’organiser car je sais que j’ai tendance à parler beaucoup.» Toutes deux sont critiques par rapport à leur travail qu’elles prennent très au sérieux. « Je suis contente de ce que je fais, mais j’ai encore des progrès à faire concernant mon attention », indique Laure, rapidement rassurée par Amandine et Caroline qui l’épaulent et l’aident régulièrement à se recentrer.

Pour ces missions de formatrices, les deux jeunes femmes sont rémunérées à la vacation par l’IRTS : 24,50 euros par heure, sur la base d’un contrat d’intervenant extérieur. « Soit dans les mêmes conditions que tous les autres intervenants », insiste Aline Grauvogel. Une rémunération qu’elles reçoivent directement sur leur compte en banque. « C’est important pour nous », indique Amandine Pain qui, comme Laure Pons, apprécie de s’offrir avec un restaurant après leur intervention.

Changement de regard

Et qu’en pensent les étudiants ? Ils ne tarissent pas d’éloges. « On aimerait davantage d’intervenantes comme elles pour nous expliquer comment les éducateurs leur sont utiles et ce qu’elles attentent d’eux, donc de nous plus tard », témoigne Caroline Ceccaldi, en deuxième année de la formation de moniteur éducateur. « Nous avons pris conscience de leur investissement dans leur projet personnalisé qu’elles ont signé et intégré. Je me suis aussi rendu compte que certaines personnes pouvaient ne pas comprendre ce qui était écrit et qu’il était important de reformuler. Une donnée que j’applique à présent sur mes lieux de stage », poursuit Émilie Bourdia, également en deuxième année de moniteur éducateur.

Aline Grauvogel note de son côté un changement de regard « des personnes elles-mêmes sur leur capacité et leur autonomie, des professionnels du foyer, mais aussi des familles fières de leur enfant. Ce qui permet de renforcer le pouvoir d’agir et l’inclusion des personnes ».

Depuis l’année dernière, Amandine Pain et Laure Pons interviennent également à l’Institut méditerranéen de formation et de recherche en travail social (IMF). L’expérience a donc de beaux jours devant elle. En outre, elle a suscité des vocations, d’autres résidents souhaitant marcher dans leurs pas, pourquoi pas sur d’autres thématiques. Quant à Laure Pons, elle aimerait avoir l’accord de la direction pour se rendre seule en transport en commun sur les lieux de formation. Une demande qui pourra faire l’objet d’un chapitre de son projet personnalisé…

« Faire tomber les représentations persistantes »

Isabelle Labathe, responsable de la promotion moniteur éducateur à l’IRTS Paca-Corse

« Le projet personnalisé est un outil important dans l’accompagnement des personnes et cela fait partie de l’apprentissage des futurs travailleurs sociaux. Il n’est pas toujours évident d’en saisir les tenants et aboutissants. La formation dispensée par les deux résidentes du foyer de l’Astrée se passe formidablement bien auprès des étudiants. Elles arrivent à faire passer leurs propos et l’utilité qu’elles retirent du projet personnalisé. Ils comprennent également que ce n’est pas uniquement un outil théorique. Ils ne le vivent plus comme une contrainte mais comme un outil à utiliser pour tous. Par ailleurs, cette rencontre permet de faire tomber des représentations persistantes qu’ont les étudiants de la personne handicapée. Ils se rendent compte que malgré la situation de handicap, elles gèrent une classe et ont une intelligence de la situation. »

En chiffres

  • 2 résidentes formatrices
  • Environ 200 étudiants sensibilisés depuis 2014
  • 31,39 euros brut de l’heure : rémunération des vacations des résidentes

Foyer de vie

  • 54 places, dont 26 en internat et 28 en accueil de jour
  • 32 équivalents temps plein (ETP) : 2 éducateurs spécialisés, 1 conseiller en économie sociale et familiale, 1 éducateur sportif, 12 d'AES, 1 moniteur éducateur et 2 en contrat d’apprentissage, 2 ouvriers d’entretien, 5 maîtresses de maison, 2 veilleurs de nuit, 1 coordinatrice, 1 directeur adjoint.
  • Budget 2018 : près de 2,2 millions d’euros

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Publié dans le magazine Direction[s] N° 171 - janvier 2019

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