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14e Trophée - Mention Adaptation aux besoins et attentes des usagers
Une colocation sécurisante pour vivre en autonomie

03/04/2019

Roubaix (Nord). Dans la métropole lilloise, l’association Ensemble autrement a créé trois habitats accompagnés et partagés par des adultes en situation de handicap psychique. Une alternative entre logement autonome et hébergement institutionnel pour vivre chez soi, tout en bénéficiant d’un suivi social et médical.

L’heure du repas approche. Comme chaque jour à ce moment de la journée, Hicham est aux fourneaux. Au fil du temps, il s’est imposé comme le cuistot au sein de cette maison où cohabitent six adultes en situation de handicap psychique, à Tourcoing (Nord). Une scène inimaginable il y a encore trois ans, avant son emménagement dans cet habitat alternatif partagé et accompagné (Hapa) géré par l’association Ensemble autrement [1]. « Je n’étais pas bien avant d’arriver ici. J’avais un traitement lourd, confie Hicham. Au début, j’étais renfermé, je ne parlais à personne, chacun restait dans son coin. Petit à petit, on a appris à se connaître. » À ses côtés, Marion Montagne, assistante de service social (ASS) du centre médico-psychologique (CMP) adultes de Lille Sud-Wazemmes, et référente sociale du jeune homme depuis huit ans, acquiesce : « Pour Hicham, vivre ici est l’aboutissement d’un long parcours de réhabilitation médico-sociale. Il a traversé des phases de décompensation et des périodes d’hospitalisation plus ou moins longues. À un moment donné, nous nous sommes rendu compte que le retour à domicile était compromis, que la maladie impactait trop le quotidien ». La solution de l’Hapa présente ainsi l’avantage de lui apporter « indépendance et autonomie, tout en lui donnant un cadre sécurisant, où le traitement est respecté et où l’on peut travailler en amont une éventuelle rechute », complète Marion Montagne.

Rompre l’isolement

Outre la maison de Tourcoing, inaugurée en mars 2016, Ensemble autrement gère deux autres habitats partagés, à Croix et à Mons-en-Barœul, ouverts respectivement en octobre 2015 et mars 2017. Ce projet, intitulé Loger autrement, a été mis sur les rails en 2012, à l’issue d’une réflexion engagée trois ans auparavant. « Les professionnels de notre service d’aide à domicile (Saad) avaient remarqué que certaines personnes chez qui ils intervenaient étaient très isolées dans leur logement, et que cela n’était pas du tout bénéfique pour leur santé mentale, cela pouvant même entraîner une importante détérioration de leur état », se souvient Anne Bruneau, administratrice de l’association. « L’habitat partagé et accompagné permet de répondre à la fois aux besoins des personnes ne pouvant plus vivre seules chez elles et à celles n’ayant pas leur place en institution, souligne Erwan Leduby, le directeur général. Par ailleurs, ce dispositif entre pleinement dans l’objectif de notre projet social de donner aux personnes la possibilité de vivre dans un environnement familier et non institutionnel ».

Mutualisation de la PCH

Dans ces maisons, les habitants – ici on ne parle pas de « résidents », connoté établissements – sont orientés principalement par des CMP, des associations tutélaires et occasionnellement l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam). Ils vivent comme dans une colocation classique : ils signent un bail lors de l’emménagement, paient un loyer mensuel (environ 335 euros), partagent les dépenses communes… Ils bénéficient également d’un accompagnement et d’un soutien à domicile assuré par le Saad d'Ensemble autrement. Ces interventions sont financées par la mutualisation de leur prestation de compensation du handicap (PCH) : chacun des colocataires doit bénéficier d’un plan d’aide mensuel d’au moins 30 heures de PCH afin d’en mettre une en commun par jour. Ainsi, pour une maison accueillant six personnes, six heures d’accompagnement quotidiennes sont garanties. « Une présence est ainsi assurée tous les jours de 8 h 30 à 13 heures et de 17 h 30 à 19 heures/20 heures », détaille Laurence Lecomte, auxiliaire de vie et référente de la maison de Mons-en-Barœul.

Miser sur la stimulation

« Nos équipes sont formées à être auprès des habitants, à la fois en individuel et en collectif, et surtout d’alterner entre ces modalités toute la journée », précise Erwan Leduby. « Nous misons beaucoup sur la stimulation : on fait avec eux mais pas à leur place, notamment pour les gestes du quotidien (toilette, lancer une machine, nettoyer sa chambre…) qui paraissent évidents mais qui pour certains nécessitent un réapprentissage, poursuit Laurence Lecomte. Nous sommes là aussi pour les aider à se repérer dans les transports en commun, les accompagner à un rendez-vous… L'idée étant qu’à partir d’un moment, ils puissent s'y rendre tout seuls. » Outre les neuf salariés du Saad, d’autres professionnels interviennent régulièrement dans les maisons, notamment des infirmières libérales pour les traitements individuels.

La coordination, ciment du projet

Le cœur du projet – son « ciment », selon le terme d’Erwan Leduby – repose sur la coordination, à laquelle un poste est entièrement consacré. Financé par le conseil départemental à hauteur de 35 000 euros (lire l’encadré), il est occupé par Caroline Gonthier, conseillère en économie sociale et familiale (CESF). « Mes principales missions consistent à travailler sur les projets des personnes, sur les plans collectif et individuel, détaille cette dernière. Ensuite, il y a toute l’action partenariale sans laquelle le dispositif ne tiendrait pas, que ce soit avec les tuteurs, les curateurs, les CMP… Nous avons besoin de leur présence pour soutenir la personne dans l’habitat et tout au long de l’accompagnement ».

Par ailleurs, l’association demande aux équipes médicales et sociales du champ de la psychiatrie dont relève le patient de continuer à le suivre pendant au moins un an : « Si hormis un changement de lieu d’habitation, de rythme de vie, d’accompagnement… il doit aussi changer de secteur psy, c’est plus difficile. Et j’ai besoin de me référer à des professionnels qui connaissent bien les situations des personnes », justifie Caroline Gonthier.

Les partenaires sont également impliqués en amont de l’emménagement, au sein de la commission partenariale d’admission. « Nous réunissons beaucoup de monde autour de la table pour être sûrs de balayer tout l’écosystème de l'habitant, relève Erwan Leduby. Cela va permettre de se positionner sur tous les points, du soin au social. »

Insertion dans la vie de quartier

En outre, une attention particulière est portée à l’implantation des Hapa : « Les principaux critères sont d’être hors d’un quartier "zone prioritaire politique de la ville" et qu’il y ait des commerces, notamment une pharmacie, et des transports en commun à proximité », précise Ambroise Laidebeur, responsable Développement et Innovation sociale d'Ensemble Autrement. L’insertion dans la vie du quartier est aussi encouragée (participation à la fête des voisins, engagement pour certains dans des associations locales…).

Au sein de la maison, où chaque locataire dispose d’une chambre avec salle de bains et partage les espaces communs (salle à manger, cuisine, salon…), pas de règlement. Seulement une « charte de la collectivité » qui reprend les bases essentielles d’une vie en communauté dans le respect des uns et des autres, le principe étant de leur permettre de vivre comme chez soi. « Je fais ce que je veux », déclare ainsi spontanément Cindy, lorsqu’on l’interroge sur sa vie au sein de la maison de Tourcoing.

Baisse des hospitalisations et regain d’autonomie

Comme Cindy et Hicham, ils sont actuellement 17 adultes à vivre au sein des trois Hapa d’Ensemble autrement, qui en comptera six d’ici à la fin de l’année, portant le nombre d’habitants à 41. « Nous allons continuer à développer ces habitats car ils sont particulièrement adaptés au public en termes de vie sociale, d’insertion dans un quartier et de suivi de soins », indique Anne Bruneau. Et s’il est difficile de fixer des indicateurs, « nous constatons toujours un regain d’autonomie », appuie la coordinatrice sociale, Caroline Gonthier. Qui souligne par ailleurs la baisse notable du nombre d’hospitalisations.

Ensuite, si la sortie vers le logement autonome représente l’idéal, la visée principale reste de respecter au mieux le choix de la personne et d’inscrire l’Hapa dans une logique de parcours résidentiel, y compris lorsque cette solution ne convient pas (cela a été le cas pour deux des cinq habitants ayant déménagé). « Dans ce cas-là, nous travaillons sur une réorientation. Mais on ne considère pas cela comme un échec, insiste Marion Montagne. C’est une expérience qui nous a permis d’affiner notre connaissance de la personne ».

 

[1] Association créée à Roubaix en 1997 et spécialisée dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap psychique sur la métropole lilloise.

Emmanuelle Chaudieu - Photos : William Parra

« Faciliter l’autodétermination des personnes »

Geneviève Mannarino, vice-présidente du conseil départemental du Nord en charge de l’autonomie

« En décembre 2015, l’assemblée départementale a voté une délibération-cadre entérinant notre volonté politique d’apporter aux personnes âgées et en situation de handicap d’autres réponses que le seul accueil en établissements. À partir de trois expérimentations menées sur le département, nous avons lancé un appel à projets pour décliner ces solutions d’habitats partagés. Entre neuf et dix sont retenues chaque année, pour lesquelles nous finançons soit de l’ingénierie (quand le projet doit mûrir et avancer), soit de la coordination, c’est-à-dire un poste qui va permettre de favoriser l’autonomie et le vivre-ensemble au sein de ces Hapa. Il est essentiel que nous soyons en capacité de proposer cette offre diversifiée afin de faciliter le choix et l’autodétermination des personnes qui, pour la plupart, expriment le souhait de vivre à domicile et d’avoir une vie citoyenne. »

En chiffres

Loger autrement

  • 3 maisons à Croix, Tourcoing et Mons-en-Barœul ; 3 autres prévus d’ici à fin 2019 (2 à Lille et 1 à Lambersart).
  • 17 locataires au 31 mars 2019, 41 fin 2019 (5 à 8 par maison).
  • 19 adultes accompagnés en 2018 (17 habitants + 2 emménagements/déménagements)
  • 1 équivalent temps plein (ETP) de coordinatrice sociale, et 6 ETP salariés du Saad (9 personnes) interviennent dans les maisons, dont 1 référent par maison ;
  • Au moins 1 intervenant présent 6 heures par jour.
  • Budget 2018 : 240 000 euros (hors salaires des intervenants du Saad), dont 74 % financés par les ressources des habitants, 21 % par des subventions publiques et 5 % de ressources privées.

Contact

ensembleautrement.fr 

03 20 73 08 90

Publié dans le magazine Direction[s] N° 174 - avril 2019

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