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Entretien
"L'apprentissage, un investissement pour l'avenir"

04/01/2017

Vocation de la Fédération nationale pour l'apprentissage aux professions sanitaires et sociales (Fnapss), présidée par Philippe Cléry-Melin ? Assurer une meilleure reconnaissance et le développement de cette voie de formation dans un secteur où les employeurs publics et associatifs ne sont pas assujettis à la taxe d'apprentissage. Mais où les branches peuvent jouer un rôle important de levier.

Philippe Cléry-Melin (Fnapss)

Vous présidez la Fédération nationale pour l'apprentissage aux professions sanitaires et sociales (Fnapss). Quelles sont ses ambitions ?

Philippe Cléry-Melin. Créée en 2014, la fédération réunit aujourd’hui la quasi-totalité des centres de formation d'apprentis (CFA) du secteur sanitaire, social et médico-social. Nous avons vu l’intérêt de nous mobiliser au niveau national afin d’assurer une meilleure reconnaissance de l’apprentissage et de ses spécificités par les pouvoirs publics. Mais aussi pour promouvoir auprès des employeurs, publics, privés associatifs et lucratifs, cette voie de formation et nos capacités à développer une transmission des savoirs, savoir-faire et savoir-être des futurs professionnels.

Quels sont ses atouts pour les apprentis comme pour les employeurs?

P. C.-M. Le principal avantage de l’apprentissage est de mettre des jeunes en formation en situation professionnelle, avec l’encadrement et le soutien de maîtres d’apprentissage, tout en alternant avec l’acquisition de savoirs plus académiques. Dès ce stade, ces futurs professionnels sont sur le terrain, intégrés chez un employeur, au sein d’une équipe, donc au courant des attendus en matière de qualité de la prise en charge et des attentes des usagers et patients. Et c’est certainement un facteur dynamisant et motivant pour les jeunes de pouvoir s’imprégner de l’âme d’une structure, de créer des liens avec des collègues qui ont généralement des qualités d’ouverture et des valeurs humaines fortes. D’autant que ce qui touche à la posture et aux savoir-être est particulièrement important à développer aujourd’hui. Cela permet donc aux employeurs de se préparer un vivier de professionnels, déjà opérationnels car au fait de la culture de l’établissement et de ses pratiques, et de travailler à leur fidélisation.

Dans le secteur, les diplômes d’État sont déjà fondés sur le principe de l’alternance. Comment se distingue l’apprentissage ?

P. C.-M. C’est en effet un point que nous devons régulièrement expliquer, notamment aux employeurs. Avec l’apprentissage, le temps passé sur le terrain, dans une structure, est beaucoup plus long puisqu’il ne se limite pas aux seuls stages. Sans compter que dans le cadre de l’apprentissage, ces stages peuvent être réalisés chez l’employeur de l’apprenti ou bien dans une autre structure. Les jeunes sont donc en véritable immersion, aux prises avec la réalité du terrain.

L’apprentissage est-il suffisamment développé dans le secteur sanitaire, social et médico-social ?

P. C.-M. On peut parler d’un développement très progressif, mais constant. Depuis 15 ans, les diplômes pouvant se préparer via cette voie se sont développés. Aujourd’hui, les CFA adhérents de la Fnapss proposent 26 diplômes par ce cursus. Cela a été un long processus car il a fallu tout d’abord contrer une double dévalorisation : celle de l’apprentissage comme voie de formation (longtemps vue comme celle réservée aux enfants qui n’ont pas réussi, qui ont posé problème…) et celle des métiers du secteur. Des progrès ont été faits, d’ailleurs les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs s’y sont mises et ont contribué à redorer le blason de l’apprentissage. Les parents sont aussi moins frileux. Surtout, les jeunes en ont bien compris l’intérêt.

Et chez les employeurs ?

P. C.-M. Du côté des employeurs, il s’agissait le plus souvent au départ de démarches opportunistes afin de pallier des pénuries sur certains métiers, comme les infirmiers ou les aides-soignants. Les CFA répondaient ainsi à leurs besoins d’intégrer, et surtout de fidéliser, des jeunes professionnels afin qu’ils ne partent pas chez le voisin. Au fur et à mesure, ils ont été convaincus par leur expérience en constatant les bénéfices. Mais il a fallu du temps. Et on rencontre encore des employeurs du secteur qui ne savent pas que les diplômes du secteur peuvent se préparer en apprentissage. Des employeurs qu’il faut aussi convaincre, car le nerf de la guerre reste économique.

Le principal obstacle est financier, en dépit du soutien des branches ?

P. C.-M. Essentiellement. Dans les structures associatives et publiques il n’y a pas de taxe d’apprentissage. C’est une vraie difficulté. Heureusement que les branches sont très volontaristes. Elles ont mené un travail remarquable depuis plusieurs années, qui a permis un véritable effet de levier. Elles apportent leur aide pour financer la formation. Par exemple l’accord de la branche associative sanitaire et sociale (Bass) du 7 mai 2015 lui consacre une partie des fonds consacrés à la professionnalisation. C’est un vrai choix politique. Il a aussi rendu obligatoire la formation des maîtres d’apprentissage. Tout est fait de ce côté pour aider les employeurs.

Il reste tout de même à leur charge les salaires, sachant que ce sont des formations qui peuvent durer deux ou trois ans. Ce n’est pas évident pour les employeurs de voir à cette échéance d’un point de vue budgétaire. En outre, ces jeunes doivent être encadrés par un maître d’apprentissage, qui doit y consacrer du temps. Et beaucoup de structures fonctionnent à flux tendu. Cela peut constituer un point d’arrêt pour le directeur, alors même que l’on constate que les maîtres d’apprentissage sont très motivés et moins soumis au burn-out. Il s’agit donc d’un réél effort que les employeurs assument pour se constituer un vivier pour l’avenir.

Depuis 2007, nous avons aussi bien senti les effets des coupes claires dans les incitations financières nationales. L’apprentissage s’est retrouvé en concurrence frontale avec d’autres dispositifs d’aide à l’emploi des jeunes, comme les contrats de professionnalisation ou les emplois d’avenir. Mais lesquels peuvent se prévaloir d’un taux d’insertion de 98 % avec un CDI au bout ? L’apprentissage est un investissement, au service de la formation d’un professionnel de qualité.

Dans le cadre de la réforme des diplômes du travail social, la commission professionnelle consultative (CPC) a rendu son rapport le 11 octobre dernier. Sa mission portait notamment sur la modernisation de l’alternance et l’adaptation des référentiels à l’apprentissage. Qu’en retenez-vous ?

P. C.-M. Ce qui nous a marqué, c’est que l’apprentissage n’y est abordé qu'en quelques lignes à peine, noyé, au risque de la confusion avec les contrats de professionnalisation notamment ! On y lit que l’apprentissage est une voie encore trop peu mobilisée dans le cadre des formations en travail social. Fort bien, mais la Fnapss n’était même pas conviée autour de la table ! Nous avons donc alerté la CPC ainsi que la secrétaire d’État Ségolène Neuville, que nous devrions rencontrer ce mois de janvier. De par son expertise, la Fnapss doit pouvoir participer activement à la réingénierie des diplômes pour que les référentiels des formations soient construits en prenant en compte les spécificités de l’apprentissage, une relation contractuelle relevant du Code du travail. Le tout en partant des besoins des employeurs afin de développer cette voie, et pas seulement en formation initiale.

 

Propos recueillis par Noémie Gilliotte. Photo : Thomas Gogny

La Fnapss en chiffres

  • 16 CFA et 125 unité de formation par apprentissage (UFA) dans 14 régions ;
  • 2528 apprentis au 31 octobre 2016 : environ 48 % dans le secteur associatif, 28 % dans secteur public, 24 % secteur privé lucratif ;
  • 31 formations diplômantes et 26 diplômes du niveau IV au niveau I ;
  • Taux moyen d’insertion des apprentis : 98 %.

Carte d'identité

Nom. Philippe Cléry-Melin 

Formation. Médecin psychiatre, Executive MBA « Stratégie, management, finances et gestion» à HEC

Parcours. Chargé de mission auprès des ministres des Affaires sociales et de la Santé (1993-1995), auprès du ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées (2002-2004), conseiller du ministre des Solidarités, de la Santé et de la Famille (avril 2004- janvier 2006), auteur des plans Psychiatrie et santé mentale de 2003 et 2005-2008, membre du Conseil de l’office parlementaire d’évaluation des politiques de santé (2005-2008).

Fonctions actuelles. Président de la Fnapss, vice-président du CFA Adaforss, PDG du Groupe Sinoué, administrateur de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP), du groupement de coopération sociale ou médico-sociale (GCSMS) Réseau Handicap Psychique (REHPSY) Rhône Alpes, de la Fondation FondaMental, président de l'Institut Santé Solidarité, conseiller municipal de Vernon et vice-président de la Communauté d'agglomération des Portes de l'Eure.

Publié dans le magazine Direction[s] N° 149 - janvier 2017






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