
« Le temps doit désormais être à l’action », indique Pierre-Alain Sarthou (Cnape).
Des priorités affichées par une ministre des Solidarités concernée, la nomination d’une haute-commissaire, une proposition de loi portée par la députée démocrate Perrine Goulet... Assiste-t-on à un tournant pour la protection de l'enfance ? « Il se passe beaucoup de choses. C’est bon signe, concède le directeur général de la fédération Cnape. Mais le temps doit désormais être à l’action. »
À y regarder de plus près, les actes se font attendre. « Le nouveau texte législatif relatif à l’intérêt des enfants est un coup d'épée dans l’eau. Sans l’ambition d’une véritable réforme, il regroupe surtout des déclarations d’intentions, comme sur le contrôle des établissements», regrette Pierre-Alain Sarthou. Quant au cap fixé par Catherine Vautrin ? Le «changement de philosophie est encourageant », a salué la rapporteure de la commission d’enquête à l’Assemblée nationale, Isabelle Santiago, qui rendra ses conclusions le 8 avril. « Nous avons une reconnaissance politique de la crise traversée, avec des marqueurs nécessaires comme celui de fixer des taux d’encadrement, de donner la priorité aux pouponnières en révisant les conditions de prise en charge... », abonde le responsable de la Cnape.
Chat échaudé...
Tout en questionnant les moyens et le calendrier. « Les départements sont vent debout contre la mise en place de normes au regard de leur libre administration et il faut prévoir un budget conséquent pour recruter, comme annoncé, des référents dans chaque préfecture. Ces derniers sont essentiels à la coordination et la dynamisation des comités départementaux CDPE », illustre-t-il. Pour l’instant, selon lui, les véritables changements se comptent sur les doigts d’une main : « Il y a encore des placements à l’hôtel. Il faut donc déjà appliquer les textes en vigueur. L’administration a perdu son rôle de pilote. Ce sont aujourd’hui les associations qui sont motrices. Nous avons, par exemple, impulsé le décret en cours d’écriture sur les administrateurs ad hoc... »
La prise de poste de Sarah El Haïry peut-elle donner l’impulsion manquante ? Absente de la scène médiatique alors que sa ministre de tutelle multiplie des déplacements sur le sujet, elle assure « dans les coulisses » s’activer à former « une équipe commando pour faire avancer les dossiers ». En attendant, pas question pour le secteur de relâcher la pression. Rendez-vous est déjà pris le 15 mai pour une nouvelle mobilisation nationale.
Laura Taillandier